La santé numérique à la croisée des chemins : S'unir pour une réponse mondiale aux MNT

Publié le 22 mai 2025

En marge de la 78e Assemblée mondiale de la santé, des leaders mondiaux de la santé, des innovateurs en matière de santé numérique et des représentants de pays se sont réunis hier à Genève pour faire passer le message suivant : la transformation de la santé numérique doit occuper une place centrale dans la lutte contre les maladies non transmissibles (MNT).

Lors de l'événement organisé conjointement par l'Fédération Internationale du Diabète (FID) et la World Diabetes Foundation (WDF), qui s'est tenu à l'approche de la 4e réunion de haut niveau des Nations unies sur les MNT, les intervenants ont souligné le potentiel de stratégies numériques harmonisées et d'investissements à grande échelle pour réformer les systèmes de santé afin qu'ils puissent faire face au fardeau des MNT, en particulier dans les pays à faibles et moyens revenus. Avec 73 % des décès liés aux MNT survenant dans ces régions, il est urgent d’agir.

Les modérateurs, le professeur Peter Schwarz, président de l’ FID , et M. Bent Lautrup-Nielsen, responsable du plaidoyer mondial au sein de la WDF, ont ouvert la séance en soulignant que l’article 39 de la future déclaration des Nations unies constituait une occasion majeure d’intégrer les technologies numériques et d’assistance dans la riposte mondiale contre les maladies non transmissibles. Ils ont également insisté sur la nécessité de placer la transformation numérique au cœur des efforts de prévention et de prise en charge à l’échelle mondiale.

La conversation qui a suivi s'est déroulée entre les cadres de haut niveau et les réalités de la mise en pratique des outils de santé numérique sur le terrain. Le Dr Farshad Farzadfar, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a exposé l'approche de l'OMS en matière de surveillance numérique dans le contexte des maladies non transmissibles. Le Dr Farzadfar a présenté la stratégie de surveillance de l'organisation dans les établissements de santé et les efforts déployés pour établir des cadres mondiaux de suivi de la prévention et de la gestion du diabète. Il a également souligné l'importance de données fiables et normalisées comme fondement des réponses nationales et internationales, en faisant valoir qu'il est difficile de mesurer ou de maintenir les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs fixés pour les MNT sans un suivi cohérent.

"Nous ne parlons pas seulement de technologie ; nous parlons d'équité en matière de santé, d'accès et, en fin de compte, de sauver des vies. Prof. Peter Schwarz

Le Dr Michael Frost, de l'université d'Oslo, a souligné la nécessité de renforcer les capacités locales, en faisant valoir que les systèmes de santé numériques ne peuvent réussir que s'ils sont façonnés par les communautés qu'ils visent à servir et y sont ancrés. Ses réflexions s'appuient sur son travail sur DHIS2, une plateforme open-source qui est devenue vitale pour l'infrastructure d'information sanitaire de nombreux pays.

Les intervenants des ministères de la santé ont introduit dans la discussion des exemples concrets de programmes nationaux. Le Dr Elizabeth Onyango, représentante du ministère de la santé du Kenya, a présenté le parcours numérique du pays, en mettant en avant TIEFA Care - l'ambitieuse autoroute numérique de la santé du Kenya - comme moteur d'une meilleure qualité des données et d'une amélioration de la prestation de services. En Tanzanie, le Dr Omary Ubuguyu, représentant du ministère de la santé, a fait part de l'expansion remarquable du projet Diabetes Compass, qui est passé de huit sites pilotes à plus de 5 000 établissements en seulement douze mois, illustrant ainsi la façon dont les solutions numériques ciblées peuvent se développer rapidement lorsque les conditions adéquates sont réunies.

Cependant, cette transition n’est pas sans obstacles. Comme l’a souligné le Dr Jackie Maalouf, vice-présidente de l’ FID e et présidente de DiaLeb, la maîtrise du numérique reste un obstacle majeur, de nombreux professionnels de santé ayant besoin d’une formation pour utiliser efficacement les outils numériques. Le Dr Onyango a abondé dans ce sens, ajoutant qu’une véritable transformation ne dépend pas seulement des infrastructures, mais aussi d’une éducation généralisée et de l’engagement des parties prenantes à tous les niveaux des systèmes de santé.

Malgré les défis, les panélistes ont partagé une vision commune pour aller de l'avant. Ils ont appelé à des systèmes numériques interopérables, à des engagements de financement à long terme, à une politique nationale plus forte et à une plus grande inclusion des personnes ayant une expérience vécue. Des innovations telles que le soutien clinique piloté par l'IA et l'utilisation de plateformes quotidiennes comme WhatsApp pour impliquer les personnes atteintes de MNT ont été présentées non pas comme des compléments futuristes, mais comme des outils essentiels pour construire un paysage de la santé numérique plus équitable et centré sur la personne.

La réunion de haut niveau des Nations unies sur les maladies non transmissibles, qui s'est tenue en septembre à Genève, a été plus qu'un simple débat : elle a lancé un appel à l'action. La santé numérique pourrait être une force de transformation dans la lutte mondiale contre les MNT si l'élan suscité dans ces salles correspondait à un engagement réel. Le message était clair : sans un investissement audacieux, coordonné et durable dans la transformation numérique, la réponse mondiale aux MNT restera fragmentée et insuffisante.

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