La 79e Assemblée mondiale de la Santé (du 18 au 23 mai 2026) propose une exposition immersive et libre d'accès qui explore l'intérêt de soins de santé primaires flexibles et centrés sur la personne. À travers des témoignages authentiques et des objets exposés à la manière d'un musée, l'exposition établit un lien entre les expériences vécues et la valeur créée pour les individus, les communautés, les systèmes de santé et les économies.

Alors que la communauté sanitaire mondiale se prépare à la Réunion de haut niveau des Nations unies sur la couverture sanitaire universelle prévue en 2027, l'accent est à nouveau mis sur le renforcement des soins de santé primaires centrés sur la personne, en particulier sur des modèles de soins flexibles et élaborés en collaboration.

Fondamentalement, les soins de santé primaires centrés sur la personne consistent à adapter les services aux besoins des individus, notamment en proposant des soins plus proches des communautés, mais cela ne se concrétise pas toujours dans la pratique. Le défi ne réside pas dans la démonstration de l’importance de soins flexibles et centrés sur la personne. Il s’agit plutôt d’en reconnaître la valeur et de la mettre en œuvre de manière pratique et durable.

L'exposition s'inscrit dans le cadre d'un événement parallèle à la 79e Assemblée mondiale de la Santé (AMS), coorganisé par la Harvard Medical School, l'Alliance internationale des organisations de patients (IAPO) et l'ONUSIDA, et parrainé par Roche. L'événement aura lieu au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge le mercredi 20 mai, de 18 h 30 à 20 h 30.

La Fédération Internationale du Diabète apporté sa contribution à l'exposition en partageant les témoignages de personnes atteintes de diabète et confrontées à des situations de crise et de conflit. Vous trouverez ces témoignages ci-dessous.

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L'accès à l'insuline et aux soins du diabète n'est pas un privilège, mais un droit humain. Il doit être protégé et garanti en toutes circonstances, en particulier en période de conflit armé.

Jeune leader dans le domaine du diabète, atteinte de diabète de type 1, originaire du Soudan

Pour moi, les stylos à insuline et les glucomètres sont bien plus que de simples outils médicaux : ils symbolisent la stabilité, la survie et la maîtrise dans une vie marquée par le diabète de type 1. Ces objets du quotidien me permettent de contrôler ma glycémie, de prendre des décisions en toute sécurité et de mener une vie aussi normale que possible. Sans eux, même les activités quotidiennes les plus simples deviennent dangereuses.

Pour quelqu’un comme moi, ce ne sont pas des options. Elles sont aussi indispensables que la nourriture ou l’eau. Chaque injection d’insuline et chaque mesure de glycémie sont des gestes qui me maintiennent en vie. Elles me permettent d’être autonome et atténuent l’incertitude permanente qui accompagne cette maladie.

Cependant, depuis le début de la guerre au Soudan, il est devenu extrêmement difficile de se procurer ces produits de première nécessité. Ce qui était autrefois accessible est désormais rare et coûteux. Ce changement soudain transforme une nécessité vitale en quelque chose qui ressemble à un luxe. Le stress lié à l’incertitude de savoir si je vais pouvoir les trouver ou me les offrir ajoute un lourd fardeau émotionnel à une situation déjà difficile.

L'accès à l'insuline et aux soins du diabète n'est pas un privilège, mais un droit humain. Il doit être protégé et garanti en toutes circonstances, en particulier en période de conflit armé.

Vivre avec un diabète de type 1 à Gaza

On m'a diagnostiqué un diabète de type 1 peu après avoir obtenu mon diplôme en 2021. Après un parcours difficile pour stabiliser mon état, la guerre de 2023 a tout changé.

J'ai perdu mon logement, j'ai vécu dans la peur constante et j'ai fini par manquer d'insuline et de bandelettes réactives. Je devais gérer ma glycémie à l'aveuglette, m'exposant souvent à de dangereuses hypoglycémies alors que je n'avais presque rien à manger. À un moment donné, je n'avais plus d'insuline jusqu'à ce qu'un ambulancier me donne un stylo. À ce moment-là, cela m'a sauvé la vie.

Quelques jours plus tard, mon père est mort dans mes bras, et nous avons pris la fuite, parcourant 17 kilomètres à pied pour nous mettre en sécurité en Égypte. Même là-bas, l’accès à l’insuline restait incertain. Aujourd’hui encore, je me bats pour ma santé, pour avoir accès à un traitement et pour le droit de vivre dans la dignité. Car l’insuline n’est pas un luxe. C’est la vie.

Je n'ai pas vaincu la douleur, mais j'ai appris à vivre avec. Mon histoire ne parle pas seulement du diabète. Elle parle de survie, de dignité et d'espoir. L'insuline n'est pas seulement un médicament. Pour les personnes atteintes de diabète de type 1, l'insuline, c'est la vie – et un droit humain.

Jeune leader dans le domaine du diabète, atteinte de diabète de type 1

J'ai peur de la guerre et pour ma santé. Une roquette m'effraie autant que l'idée de ne pas trouver mon insuline ou mes bandelettes de test. Dans les deux cas, j'ai l'impression que ma vie est en danger.

Je suis déjà angoissé à l'idée de perdre ma maison. Je ne veux pas perdre ma santé en plus. Je ne sais pas ce qui m'effraie le plus : mourir comme tant d'autres dans ce conflit, ou mourir à petit feu des complications qui pourraient découler du stress, de l'instabilité et de l'interruption de mon traitement contre le diabète.

Je veux vivre, rester en bonne santé et gérer ma maladie en toute sécurité, même dans les moments difficiles. Mon stylo à insuline, c’est mon pancréas : je ne pars jamais sans lui. Sans insuline, je ne peux pas survivre. Il me maintient en vie et me rappelle de être reconnaissante envers ce médicament qui me sauve la vie.

Tout ce que je souhaite, c'est avoir la chance de vivre, de rester en bonne santé et de gérer ma maladie en toute sécurité, même dans les moments les plus difficiles. Mon stylo à insuline est mon pancréas : je ne pars jamais sans lui. Sans insuline, je ne peux pas survivre. C'est ma bouée de sauvetage, et cela me rappelle chaque jour d'être reconnaissante et de remercier Dieu pour cette bénédiction qui me sauve la vie.

Jeune leader dans le domaine du diabète, atteinte de diabète de type 1

J'ai 27 ans, je viens du Liban et je vis avec un diabète de type 1 depuis 10 ans. Pour vivre avec le diabète, une chose est essentielle : la certitude. La certitude que l'insuline, les outils de surveillance et les soins seront disponibles. Au Liban, cette certitude n'existe pas. Je ne crains pas seulement le conflit ; je crains aussi l'incertitude.

Je ne sais pas si je vais trouver mon insuline. Je ne sais pas si des coupures de courant vont compromettre sa conservation. Je ne sais pas si je vais pouvoir gérer ma maladie en toute sécurité demain.

Cette instabilité constante n’est pas seulement physique. Elle est aussi profondément psychologique. Vivre avec le diabète exige déjà une attention et une discipline constantes. Y ajouter la peur et l’imprévisibilité crée un fardeau psychologique. Ce fardeau affecte directement notre santé et notre bien-être. Le diabète ne fait pas de pause pendant les crises. Pourtant, il reste négligé dans de nombreuses réponses humanitaires et politiques. En tant que jeune militante, j’appelle à la mise en place de systèmes résilients. J’appelle à un accès ininterrompu aux traitements et à la reconnaissance des réalités physiques et psychologiques auxquelles sont confrontées les personnes vivant avec le diabète dans des contextes fragiles.

Vivre avec le diabète ne devrait pas être synonyme d'incertitude permanente. Cela devrait être synonyme de dignité, de stabilité et d'espoir.

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Vivre avec le diabète de type 1, à Gaza

[Image à gauche]

Je me tiens au cœur d’une dévastation totale, entouré des décombres d’immeubles rasés. Des piliers de fer tordus jaillissent du béton brisé, répandant une couche de poussière grise et terne qui recouvre toutes les surfaces. Le regard plein d’interrogation et d’espoir, ma main tendue ne tient que quelques seringues vides. Il n’y a ni flacons d’insuline, ni glucomètres.

Ces seringues vides que je tiens au milieu de ces décombres sont le symbole d’une « impuissance mortelle ». En tant que personne atteinte de diabète de type 1, ces seringues représentent le chemin qui devrait m’apporter la vie, mais elles sont désormais inutiles car l’insuline manque. Les produits de première nécessité qui étaient autrefois à ma disposition sont devenus un « rêve » difficile à atteindre. La pression que je ressens ici n’est pas seulement due à la guerre qui a tout détruit autour de moi, mais aussi à la terreur que ces seringues restent vides. En cas d’urgence, l’insuline devient un luxe coûteux et introuvable, mettant ma vie en danger à chaque seconde. L’accès au traitement est un droit humain sacré. Me priver d’insuline au milieu de cette destruction est une violation flagrante, qui n’offre qu’un « droit à une mort lente » auquel il faut mettre un terme.

[Image à droite]

Assise devant ma tente usée, faite d’un simple tissu, témoin de ma nouvelle réalité, je mise sur la résilience et m’accroche à l’espoir. Dans ma main, je tiens un flacon d’insuline ainsi que les seringues qui l’accompagnent. Ce flacon d’insuline est la chose la plus précieuse que je possède dans ce petit monde de tente. J’ai surnommé l’insuline ma « bouée de sauvetage ». Ce petit objet représente pour moi la capacité de survivre et de persévérer malgré les difficultés liées au déplacement.

En temps normal, ce n’est qu’un médicament, mais aujourd’hui, dans cette tente, il fait la différence entre la vie et la mort. En période de crise humanitaire, ce flacon devient mon bien le plus précieux. Se le procurer sous les bombardements et le siège représente une pression psychologique et financière insupportable. Le perdre, c’est perdre la capacité de respirer et de vivre. Garantir notre accès à ce médicament, même lorsque nous sommes dans des tentes et sous les tirs, est une obligation morale et juridique internationale. L'accès à l'insuline est un droit humain qui ne s'éteint pas en temps de guerre. Au contraire, il doit être protégé plus que jamais pour garantir la dignité humaine et le droit à la survie.